dimanche 26 janvier 2020

JE N'AIME PAS MA MÈRE

Rien que le titre est déjà tabou
Genre "inadmissible"
Parlons même pas du concept
Genre "welcome provoc et immaturité" 
Encore moins que ça puisse sortir d'un être humain "normal"
Genre bienveillant et mentalement stable
Genre moi
Et encore moins moins moins que le chemin qui conduit ici soit pavé de conscience et d'humilité
Genre "c'est ainsi, n'en faisons pas un mélo"
Non, n'en parlons pas.
Du coup c'est ce qu'on fait toujours: on en parle pas.
Pourquoi?
On sait pas vraiment en fait
Mais on en parle pas.
C'est "mieux"
Genre "mieux pour tout le monde, mieux comme ça".
Moi je m'en parlais même pas à moi-même c'est pour dire!
Même en rêve cauchemar quand l'idée me venait de m'en parler
Dès le réveil je faisais comme si je m'étais rien dit 
Genre "tu déconnes ça se dit pas, ça se pense pas même en rêve cauchemar, oublie, c'est mieux".

Pourtant aujourd'hui là maintenant je trouve ça hyper mieux d'en parler
Hyper mieux pour moi [peut-être]
Mais hyper mieux tout court [en vrai] 
Déjà parce que je décide que je peux parler de TOUT
C'est MON parlage après tout
Et aussi parce que je décide que "je n'aime pas ma mère" c'est du même ordre que "je n'aime pas mon boss"
Ni plus ni moins
Absolument
C'est MON amour après tout
Je le connais hyper mieux que tous ceux qui prétendent décider pour les 7 milliards d'amours autres que les leurs

Je n'aime pas ma mère.
Evidemment ça génère pas les mêmes émotions
Ni la même vulnérabilité
Ni les mêmes répercussions dedans et autour
Que "je n'aime pas mon boss"
Ça c'est clair
Je suis pas complètement conne
Ni conne tout court
Mais bon j'ai pas de boss donc j'en parle pas
Et puis intérieurement c'est le même processus:
l'amour ne se commande pas, et surtout l'amour ne se doit pas.
Génétique ou pas génétique, on peut pas lutter.
Sinon
Si on décide que c'est possible de se forcer à aimer à tout prix
Genre "amour inconditionnel de la loi de la biologie"
Ben la notion d'Amour est bidon
Clairement
Puisque dans la notion d'Amour il y a celle de la liberté
Et de la vérité
Et de la valeur qu'on lui accorde.
L'amour s'inspire, se cultive, se nourrit
Et si l'amour est pas là, bein il est pas là.
Point.

J'ai toujours pensé qu'aimer ses parents c'était un devoir
Un phénomène biologiquement organisé et fatal 
Genre "gène de l'amour parental"
J'ai donc toujours cru que, juste l'idée de pas aimer un parent
Ou même seulement de l'aimer "moins" ou "pas trop", était grave
Hyper grave
Vraiment grave
Genre "fille chromosomiquement défaillante"
J'ai vraiment toujours cru ça, toujours.

Déjà parce que jamais personne m'a dit [ni même évoqué] le contraire
Ensuite parce tout le monde m'a [en fait] toujours vendu que:
l'amour parental était et devait être inconditionnel.
Genre "t'as qu'une mère, elle t'a donné la vie, profite, un jour elle sera plus là"
Bref tout ce bordel lexical
Qui m'a toujours semblé aussi infondé qu'incontrecarable
Et m'a toujours schizophrènée secrètement
Bref tout ce bordel dictatorial de la généalogie.

Comme si n'avoir qu'une mère imposait de l'aimer
Sinon => destination enfer des filles ingrates 👐
Sérieusement!
Rien à voir!
Quantité et qualité en amour n'ont aucun rapport
AUCUN
J'ai 2 sœurs et je les raffole autant [pas genre 50/50 chacune démerdez-vous]
J'ai 2 enfants et la dose d'amour se multiplie [pas genre moit-moit une semaine sur 2]
Si j'aime, j'aime.
Et si j'ai + de gens aimables dans mon périmètre
Ben je fabrique + d'amour dans mon cœur
Comme pour les fruits ou les chansons ou les peignoirs.
Un amour intense, pur, unique, exponentiel et exclusif.
La réciproque est donc valable: j'ai qu'une seule mère, et si elle ne m'inspire pas d'amour j'y peux rien.
Point.
Ok c'est la mienne, et ok que ce soit ok.
Peut-être que si j'en avais 2 ce serait pareil
C'est donc pas une question de quantité
Ni de capital-amour dédié d'office, à répartir équitablement.

Evidemment j'ai pas choisi mon entourage familial
Mais Dieu.e merci je choisis l'amour que je porte à QUI j'ai envie
Et franchement j'ai pas l'intention de laisser à QUIconque
Le choix de décider QUI j'ai le droit de pas aimer
Je trouve être la mieux placée pour le savoir
Et pour l'assumer
Et donc pour en parler. 
Et
Je n'aime pas ma mère.
[j'ai pas de boss donc on en parlera toujours pas]

J'ai vraiment bien fait le tour de la question
Un grand tour
Genre 40 ans de GRAND tour de LA question.
Pas la question: "Pourquoi je n'aime pas ma mère?"
Mais l'autre : "Pourquoi je l'aimerais?"
Et, en 40 ans, j'ai rien trouvé.
Ni en tant que mère [de moi et d'autres], ni en tant que femme
Rien. #nothing
Les femmes que j'aime, admire, respecte [y compris celle que je m'efforce d'être] n'ont rien en commun avec celle-là.
Les mères que j'aime, admire, respecte [y compris celle que je m'applique à être] n'ont rien en commun avec celle-là.
RIEN. #nothing
La réponse est donc simple: je n'aime pas ma mère.
Et c'est pas que je la déteste, la méprise ou la condamne
Soyons clairs
Ça c'était avant, dans le GRAND tour de LA question.
Maintenant c'est simple:
je me rends juste à l'évidence qu'aucun amour en moi ne lui est destiné.

Et ça, c'est prendre ma responsabilité
D'adulte
Pas de petite fille en manque ou en colère ou en souffrance
Non
Ma responsabilité d'adulte qui sait intimement
Ce qu'elle doit à cette mère: la vie
Et ce qu'elle ne lui doit pas: l'Amour.

Le mien d'Amour
Celui que j'offre sans compter et sans résister et sans forcer
Ne se doit pas.
Il EST. Point.
Et quand il n'est pas, il N'EST PAS. Point.

Tout en moi est ok avec ce constat.

Ça ne l'a pas toujours été
Dans ce tunnel sans fin où l'humain a le devoir d'aimer sa mère
Et c'était MON devoir de creuser, vérifier, admettre, assumer.
Maintenant que j'ai accompli ce devoir, MON devoir, envers moi-même
Je peux lui laisser le sien, sans exigence et sans attente.

Je n'aime pas ma mère
Et ma mère non plus n'a pas le devoir de m'aimer.
Et c'est ok.
Genre OK.

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